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MANAGER UNE EQUIPE C’EST REDYNAMISER CELLE-CI EN TRAVAILLANT SES POINTS FAIBLES, SES FRACTURES, SES FAILLES

Texte de réflexion Asiad - Jeudi 23 Janvier 2003

« C’est comprendre : le processus de désocialisation, les paliers qui se succèdent, les effets sur l’individu et son environnement.
Les marginalisations sociales. »

I-Trois figures de la déliaison :

Dans les politiques publiques-notamment dans le champ du social-on travaille avec des ensembles qui sont à la fois producteurs de problématisations du social (donc de représentations) et en même temps producteurs des projets et des stratégies d’action sur le social. Passons rapidement en revue la manière dont on a problématisé la question des marges, des limites, des personnes en difficulté, au sein des politiques sociales en France depuis 1945. Chaque décennie a son concept principal autour duquel les choses s’organisent.

Dans les années 50, on parle des individus asociaux, on passe ainsi d’une représentation de l’en-dehors ou de l’à-côté des normes, liée à une culpabilité des individus, à une représentation en termes de victimes, notamment du progrès : les asociaux sont représentés comme des personnes pas suffisamment capables de s’adapter, pas suffisamment rapides, pas suffisamment douées.
Cette perception, quasi morale au sens un peu mou du terme, se transforme en un ensemble de perceptions construites « scientifiquement » : c’est toute la période –les années 60- de construction des catégories autour de l’inadaptation.

Dans les années 70, on passe de cette notion scientifique à un dispositif de gestion à travers la notion de handicap (la loi de 1975). On entre dans des dispositifs gestionnaires : on découpe, on normalise, on standardise, en fonction du degré de handicap mental, physique, social… C’est cette problématisation organisée autour de l’individu comme foyer de construction de ces représentations, qui se transforme à la fin des années 70. On voit apparaître les thèmes de la pauvreté, de la précarité et, in fine -mais peut-être est-ce une autre rupture- le problème de l’exclusion. Voilà rapidement esquissés, quelques années d’histoire des représentations des objets du social.

Qu’est-ce que le social ? Ce n’est pas quelque chose qui a une existence en soi, le social est essentiellement une articulation de la sphère économique avec la sphère politique. Dans les sociétés modernes, depuis les révolutions politiques du XVIIIème siècle et la révolution industrielle, il y a une tension entre l’individu libre sur le marché –libre mais contraint à l’intérieur des rapports de travail- et le citoyen souverain dans l’ordre politique. Tension fondamentale : d’un côté une économie de marché, de l’autre une démocratie politique, avec cette notion d’individu qui contraint, subordonné, aliéné, exploité dans les rapports de travail et qui est le souverain politique, le fondement de la légitimité. Le grand compromis social du salariat et de la protection sociale, c’est la régulation de cette tension. Ce n’est pas sa résolution : c’est un moyen de la maintenir active à travers toute une série de fictions comme le contrat de travail.

Le social dans notre société, a pris une sorte d’autonomie. Cela parce que de la manière la plus courante, on oppose l’économie et le social, ce qui n’est pas une vision exacte : la véritable opposition se situe entre la sphère de l’économie et celle du politique.
Pour compliquer les choses, se rattachent à ces deux sphères deux autres sphères importantes de l’activité humaine : la sphère culturelle et la sphère domestique. Tout cela va se concrétiser pour former le social. Quand on parle d’exclusion, on est devant quelque chose de l’ordre de la rupture du lien. Derrière cette conceptualisation, est en question la cohésion sociale : qu'est-ce qui fait cohésion et comment redonner un sens à la fois à l’appartenance des individus et à leur identité ? Comment faire quelque chose de l’ordre du social cette fois pris comme « la société » ?
Au cœur de cette question sociale, il y a la question du travail …

II- Marginalité et contrôle social :

Dans leurs analyses du contrôle social, les travaux de la sociologie critique continuent à prêter attention au processus normatif, à l’étiquetage des groupes sociaux, mais la construction de la marginalité par les institutions est inscrite dans une conception privilégiant la structure sociale, c’est-à-dire un système qui s’impose aux individus.
Cette problématique de l’exclusion est le signe d’une crise sociale, comme en témoignent les friches industrielles dans certaines régions ouvrières et la destruction du tissu social qui en est le corollaire, la crise des banlieues, la montée de l’intolérance, les ruptures familiales, etc.

Inventé pour réduire la distance entre le principe de l’égalité des droits politiques et la réalité des inégalités économiques, l’Etat-Providence ne constitue plus un modèle capable de proposer des réponses, dans la situation actuelle.
A partir des années 1980, se pose le problème de répondre à des besoins qui explosent avec des moyens dont la croissance sur une longue période sera fiable ou nulle. D’année en année, le déficit de la sécurité sociale se creuse, de même que celui de l’assurance-chômage. Les gestionnaires sont contraints d’augmenter les cotisations et de réduire les prestations. Il se produit un mouvement de bascule où l’on tente de passer de la réponse à des besoins réels ou virtuels à la gestion des moyens existants.

Par ailleurs, la complexification croissante des services de l’Etat chargés de réguler le système a atteint un seuil quasi infranchissable : un surcroît d’efficacité, à moyens égaux, ne pourrait être obtenu qu’en transformant et en bouleversant profondément l’organisation elle-même. La croissance exponentielle des services est contre-productive : « Au-delà de certains seuils de développement, les institutions deviennent les principaux obstacles à la réalisation des fins qu’elles sont censées poursuivre ; elles paralysent la mise en œuvre des capacités humaines qu’elles prétendent servir ».

Ce modèle a accentué la rupture entre l’économique et le social : « Ce que la pauvreté révèle et dénonce c’est, en définitive, la trahison de l’Etat-Providence. Conçu et géré pour assurer le bien-être social, il a enfermé les individus dans le statut étroit de travailleur et de consommateur, parachevant la désocialisation structurellement inscrite dans un système économique orienté vers des clients. Rétrospectivement, la pauvreté apparaît consubstantielle à un système économique qui ignore ou qui extériorise le social. Or, le social n’est pas extérieur à l’économique. Il ne peut être que son projet. »

…Désormais, « l’action sociale inscrite dans une démarche de solidarité et de démocratie » doit être recentrée sur ses bénéficiaires. Pour cela :

-« il faut prendre en compte que ces bénéfiaires ont des droits à éxercer, quelles que soient leurs difficultés passagères ou chroniques […],

-il faut permettre aux individus concernés de devenir acteurs du changement de leurs conditions et de leur cadre de vie […]. Le travail social y contribuera comme catalyseur des demandes et des projets. »

Il s’agit de passer d’une logique d’assistance et de substitution à une logique de responsabilisation, de parité, voire d’égalité.

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